Il est un rêve que l’on fait tous.

 

 

Émanation de forteresses et de temples, d’un au-delà en deçà, d’un paradis terrestre. Chez Mona Margaux, comme chez chacun, ou pas tout à fait, ce rêve prend forme autour d’un panthéon d’amulettes ouvrant sur le monde qu’elles contiennent.

Mona Margaux propose une construction allégorique : un songe dans lequel se disent la pureté des matériaux, le raffinement des lignes et la permanence de l’objet précieux.

Le bijou devient une extension du corps, à la fois refuge et surface d’inscription. L’anneau et le pendentif agissent comme autant de clés ouvrant sur un monde intérieur, où les formes simples portent une mémoire commune. Chaque pièce est pensée comme un passage; le cercle n’y est jamais clos.

Par leur vocabulaire de formes, elles composent un langage qui nous relie à une généalogie intime. Les maillons s’entrelacent, comme une chaîne de transmission.

Car il y a, dans l’univers de la créatrice, l’idée que l’objet nous accompagne le temps d’une vie. Qu’il se transmet comme une part de soi. Une pièce d’identité que l’on croit monnaie, mais qui n’est pas transaction. Plutôt un geste, sans retour, que l’on tend à ceux qui nous sont chers, passant de mains en mains, de la tombe au berceau.

De ce principe est née une collaboration triple dans laquelle Daniel Schweizer et Lucas Morin se sont chargés à la fois de rendre compte et de rendre grâce. Cette exposition se déploie comme une traversée, où la répétition ne l’est jamais tout à fait, et où les artefacts interrogent notre rapport à l’ornement. Cette progression mène vers une antichambre, un lieu de retrait, où dialoguent imaginaire et symboles. Et l’on chemine à travers ces différents maillons comme on plonge dans un rêve collectif, où ce qui est vrai importe finalement moins que le récit qui nous est chanté.